La musique de Grandaddy, ce n'est pas
uniquement une guitare, une basse, une batterie et un synthé au son désué joués par cinq barbus californiens (Jim Fairchild me pardonnera). Grandaddy, c'est avant tout une rencontre entre Lucie
et Numéro 5, entre l'humain et le robot, entre la guitare sèche et les ordinateurs. Grandaddy, c'est le lien entre l'Age de pierre et la colonisation de Mars, c'est la peur insurmontable du futur
et l'angoisse d'un passé définitivement enfoui. Tricia Woolfenden (The Grand Rapids Press) est revenue il y'a quelques jours sur l'album le
plus révélateur de cet état d'esprit. Traduction d'un article paru dans le blog Desert Island Gems, le 14
décembre dernier.
Le monde est truffé d'injustices, parmi elles : la pauvreté, la guerre, la famine et le succès constant de la télé-réalité. La rupture prématurée d'un formidable
groupe indépendant peut sembler vraiment peu de chose comparé à tout ça, mais la mort de Grandaddy est symptomatique de la pauvreté de notre culture.
Voilà un groupe qui a trimé dans l'ombre pendant plus de dix ans, donnant naissance à des albums magnifiques, propres à nous faire réfléchir, comme The Sophtware Slump, et tout ça pour quoi ? Quand le groupe s'est séparé en 2006, son leader Jason Lytle a
dit qu'ils ne pouvaient simplement plus se permettre financièrement de faire de la musique comme ils l'entendaient. Ils n'étaient pas à vendre – à plus d'un sens – alors il ont fermé
boutique.
Si un groupe aussi bon que celui-là ne peut pas faire suffisament de bénéfices pour justifier son existence, quel espoir reste-t-il pour les autres petites formations du
genre ? La musique doit-elle être à ce point aussi gratuite, aussi peu stimulante que les autres aspects de notre culture pour être acceptée en son sein ?
Le deuxième album studio de Grandaddy pressentait le désastre imminent. Le groupe folk électronique explore un monde pris dans la glace et les griffes métalliques de la
technologie, et ils ne sont pas sûrs d'aimer le tableau.
The kitty at the end of the world, Aaron Burtch. www.aaronburtch.com
Lytle chante la solitude, la peur, l'ambivalence de la culture
moderne
et la recherche d'un sens à l'humanité face à la technologie. C'est intéressant, particulièrement quand on pense que ça a été écrit il y a sept ans, c'est à dire pratiquement à des années
lumières d'aujourd'hui, étant donné le degré de dépendance aux lecteurs mp3, aux téléphones portables, à Internet, et à toutes sortes d'appareils électroniques qu'a atteind notre société.
Le fait que le groupe n'ait pas pu continuer est insupportable, mais au moins il nous laisse avec de la grande musique.
par Tricia Woolfenden, pour Desert Island Gems, 14 décembre 2007, article original ICI.
The Crystal Lake, ou la (re)découverte de notre monde. DOWNLOAD
So You'll Aim Toward the Sky, l'échappatoire final. DOWNLOAD
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