Dept. of Disappearance

Publié le par Ricardo Ananas

     
      Jason Lytle revient avec un deuxième album solo. Jason Lytle est un génie.

 
                                             

" Personne n’en doutait vraiment, mais après avoir (un peu) tenté de se différencier sur le mésestimé Yours Truly, the Commuter (2009), l’artiste a clairement repris la direction des étoiles, de cette pop spatiale, psychédélique, éthérée qui fit de son ancien groupe l’un des plus en vue au début de la dernière décennie. "

Je débute cette review par la phrase d'un autre, tant elle retranscrit ce que j'ai ressenti dès la première écoute de Dept. of Disappearance. Je vous invite d'ailleurs à lire cet excellent billet sur Interlignage :

http://interlignage.fr/2012/10/jason-lytle-dept-of-disappearance/ 

Pas de faux suspense ici, Dept. of Disappearance ("Service des disparitions") est le meilleur album sorti du cerveau et des doigts de Jason Lytle depuis  Sumday. Et pourtant j'adore The Commuter. Mais ici, le Jason m'a mis une claque que je n'attendais pas. Je ne m'attendais pas à me retrouver en train de planer quelque part entre  The Sophtware Slump et Sumday. Je ne m'attendais pas à ce que Grandaddy réapparaisse comme s'il n'avait jamais disparu. Et pourtant ...

Et pourtant tout est là, les nappes de synthé, les "tics" de production, les arrangements grandioses, les envolées épiques. En onze titres, Lytle nous plonge dans la montagne enneigée, belle et triste, où se cotoient la joie, la solitude et la mort. Dept. of Disappearance me rappelle beaucoup Sumday, mais en négatif. Sumday est un album lumineux, chaleureux, ensoleillé, californien. Son petit frère est beaucoup plus mélancolique, plus frais, plus aérien, plus Montana. Mais on retrouve la cohérence de l'ensemble et quelques titres dont la puissance, la beauté, l'harmonie qui s'en dégagent laissent sans voix. "Last Problem of The Alps" me rappelle, à bien des égards, le somptueux "The Final Push To The Sum", qui clôture Sumday.
 
Pourtant, tout en opérant ce retour aux sources, tout en se lâchant complètement dans sa musique, Lytle explore aussi de toutes nouvelles pistes. C'est aussi ce qui rend cet album aussi passionnant.
 

#1 - Dept. of Disappearance

Ce titre tournait déjà depuis un moment sur le net. On est ici dans la droite ligne de The Commuter, une excellente chanson, puissante, diablement efficace, le pendant de Brand New Sun. En outre, elle introduit le thème de l'album, qui tournera donc autour de la montagne, de son ambiance, ses dangers ... et en premier lieu le risque qu'elle vous fasse disparaitre à jamais.

 

#2 - Matterhorn


Le Matterhorn, vous le connaissez forcément, il s'agit du Cervin, célèvre sommet suisse situé dans le Valais. Si vous ne visualisez pas, pensez à la montagne du chocolat Toblerone. Pourquoi s'aventurer à gravir ces montagnes ? Pourquoi risquer de ne jamais en revenir ? C'est tout le thème ici. Une des grandes réussites de cet album, un arpège qui rappelle forcément Ghost of My Old Dog, des harmonies soignées et, comme souvent, Lytle marie à la perfection texte et musique.

 

                  

 

 

#3 - Young Saints

Ici, on est pas loin d'Admiral Radley, avec des tics classiques de Grandaddy. Des harmonies vocales classiques chez Lytle et une belle montée en puissance. Et encore une disparition ...


 

#4 - Hangtown

Hangtown est marquante pour au moins une chose : pour la première fois, l'utilisation d'un harmonica dans une chanson de Grandaddy/Lytle ! Une balade très réussie comme sait le faire le bonhomme.

 

 

#5 - Get Up and Go

Attention, tube. Une chanson en apparence très simple, mais tellement réussie ... Une seule ligne de chant " Get up and go, you can do it, everything is gonne be alright " ("Lève toi et vas-y, tu peux le faire, tout se passera bien"). Quelque part entre Nature Anthem, It's The Weekend et une pub pour Nutella, votre nouvelle sonnerie matinale. Suis-je le seul à penser qu'elle clôturera les concerts du Jason ?

 

 

#6 - Last Problem of The Alps

Pour moi, c'est le chef-d'oeuvre de ce nouvel album. Il entre directement dans le top 5 de Jason Lytle. Texte magnifique (un homme coupe son bois, mange sa soupe, vit péniblement sa vie en pensant à sa moitié disparue en fixant le sommet où elle s'est éteinte l'année précédente), changement de rythme dont il a le secret, crescendo magnifique, chant délicat, harmonies majestueuses ... Quand Jason Lytle va jusqu'au bout de son truc. Le premier changement de rythme vous rappellera "Summer It's Gone".

 

 

#7 - Willow Wand Willow Wand

"Willow Wand" = batons plantés par les montagnards pour retrouver leur chemin en cas de blizzard. Ici, ils ne seront d'aucun secours à cette pauvre femme ... Une belle chanson, terriblement mélancolique malgré son air enjoué. Notez l'intro, on se croirait chez Sufjan.

 

 

                   

 

#8 - Somewhere There's A Someone

Là encore, une personne perdue dans les montagnes qui se demande ce qui se passe en bas et qui souffre d'être séparé de sa moitié. Cette chanson reprend la superbe partie de piano de "Good Chord song for LP Two" proposé par Lytle à Noël 2009. Une des grandes réussites de l'album ici encore, on retrouve toute la délicatesse du songwriter.


 

#9 - Chopin Drives Truck to The Dump

Dans cette petite piste de 34 secondes, Lytle s'amuse à marier piano classique et batterie à contre-temps, exactement comme il le faisait dans l'intro de "The Song is The Mute Button". une nouvelle habitude ?

 

 

#10 - Your Final Setting Sun

Le clip met en scène une secte qui, comme le laisse présager le titre de la chanson, se livre à un suicide collectif, mais ... (je vous laisse regarder le clip). Une chanson péchue, très rythmée, qui devrait faire un bon single. On redescend un peu sur terre après "Somewhere There's A Someone".

 

 

#11 - Gimme Click Gimme Grid

Le dernier titre est particulièrement intéressant, et semble ouvrir une porte vers une certaines évolution sur le prochain album. On est ici proche de Dark Night of the Soul, avec des accents électros qu'on a pas l'habitude d'entendre chez Lytle. La deuxième partie de cette longue chanson nous amène par contre très près des Beatles, ce qui n'est pas surprenant, puisque les accords de piano sont en partie les mêmes que ceux de "The Warming Sun", et ressemblent à ceux de "Imagine". 

 

 

Ce dernier titre résume à lui seul l'impression laissée par Dept. of Disappearance : Jason Lytle se laisse porter par ses aspirations grandaddyesques et explore pourtant des chemins qu'il n'avait pas encore emprunté.
 

Voilà, il ne vous reste plus qu'à enfiler un casque et profiter de ce chef-d'oeuvre.

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Ricardo Ananas 10/10/2013 23:48

Absolument ! Et c'est aussi le cas dans Wives of Farmers, en fait. J'ai écrit trop vite, comme souvent...

romain 17/09/2013 17:16

Pas mal cette review de l'album, par contre Jason Lytle a deja utilisé de l'armonica, avant cet album , dans la chanson Florida, sur le EP de grandaddy "excerpts from the diary of todd zilla"